Coordination des Clients des Chemins de fer de Provence - "Faire de ce Train la fierté de la Provence !"
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 Compte-rendu Creation de cette page le 15/09/06 Vie quotidienne 
ARTICLE / COUP DE GUEULE
15/09/2006
DENEGATION DE SERVICE PUBLIC
Vendredi noir pour les actifs de Nice, pannes en tous genres et pagaille monstre !

Vendredi 15 septembre 2006. Suite à un autorail en révision, et deux pannes et demie (!), le soi-disant Service Public que doit assurer ce train est tombé en rade ce matin : Suppression de trains en série en pleine heure de pointe, et un manque total d'information/d'organisation ! Il faut dire qu'avec 7 autorails à son actif, dont 6 trentenaires et un capricieux, on est loin, mais alors très loin, d'un parc ferroviaire efficace. Comment assurer 22 rotations par jour dans ces conditions, dont 4 aller-retour sur une distance de 150 kilomètres ? Comment dépasser le chiffre de 500.000 voyageurs par an, alors que la Compagnie refuse à tour de bras des passagers ? Certains assurent que c'est possible, à ceux-ci, je leur conseille vivement de retourner prendre des cours d'arithmétique, d'acheter pour Noël un kit de modélisme ferroviaire et de cesser de s'occuper des vrais trains.
Nos chers décideurs, inconsciemment ou non, vont finir par faire couler la ligne. Car les clients, usagés par tant d'irresponsabilités, prennent désormais le bus : Photos à l'appui.
Mais d'ailleurs, comment se fait-il que le bus 59 ait été miraculeusement doublé ce matin, alors qu'il s'agit d'une compagnie concurrente qui n'était pas censée être au courant ? Qui a passé le coup de fil à la CANCA ?

LES FAITS

7h05, Plan du Var : Les 3 passagers en attente sur le quai apprennent par le Chef de Gare que le train de 7h09 est supprimé. Motif : Une panne. La situation d'hier était déjà très tendue, avec un autorail sur sept en révision au ateliers de Lingostière : Sur cette ligne, en semaine, tous les autorails doivent être mobilisés, et ils suffisent à peine à absorber le flot de passagers. Pour comble de malchance (ou d'organisation discutable...), l'unique remorque à passagers de la "flotte" est en essais (!) avec la "nouvelle" rame-bricolo-réversible à Annot (voir brèves).
Deux des trois passagers se précipitent alors vers l'arrêt de bus, situé à l'entrée du village (et non près de la gare, histoire d'emmerder le train, une fois encore...), mais trop tard. Le bus de la ligne 59 est parti à 7h05 pétantes, lui. Un bus qui, à Plan du Var, récupère depuis quelque temps une demi-douzaine d'anciens habitués du train...
Je prends donc ma voiture avec pour mission de rattraper le bus, ce qui est fait à Castagniers.

7h20, Castagniers. Ici, personne n'est au courant de la suppression de train. Normal, c'est une halte facultative. Anormal, il n'y a jamais eu d'affichage actif dans les haltes. Ah oui, j'oubliais, personne n'a d'argent à consacrer à ce train...
D'ailleurs, à ma grande surprise (je n'avais pas réellement constaté l'ampleur des dégâts avant cette rentrée), il n'y a qu'une personne à la halte ferroviaire, contre 15 à l'arrêt de bus voisin (photo 1). La politique tarifaire dissuasive des CP fait tranquillement son oeuvre face à celle agressive des bus (voir tableau plus bas).

7h25, le bus arrive. Grosse surprise, il y a deux bus ?! Le premier, presque plein, n'a pas de numéro, mais est estampillé "Lignes d'Azur". Il est pris d'assaut par les derniers passagers de Castagniers (photo 2). Le second bus, estampillé "TAM" (Conseil Général), porte le numéro de la ligne 59 (Ligne d'Azur). On peut dire que la Communauté de Communes de Nice (CANCA) et le Conseil Général 06 s'entendent très bien... Quant il s'agit de pilonner le train !

7h30, La Manda : De nombreux passagers attendent un train qui n'arrivera jamais (photo 3). Mais ici, il y a un Chef de Gare, qui informe comme il peut et avec les moyens du bord de la situation (photo 4). Le prochain train vers Nice arrivera à 8h02. Entre temps, les deux bus de la ligne 59 arrivent (photo 5). Fidèles au train (ou mal réveillés), peu de passagers prendront les bus (photos 6 et 7). A 8h00, le train au départ de 7h46 à Plan du Var arrive : Ces passagers en seront quitte pour 30 minutes de retard (photos 8, 9 et 10)... Et selon l'endroit où ils travaillent à Nice, arriveront à peu près à la même heure que s'ils avaient pris le bus 59, mais en payant le double du prix !

8h10, La Manda : D'autres passagers potentiels arrivent, mais là, point de salut. Le Chef de Gare appose une seconde affiche pour les suppressions des trains suivants : Le 8h33 et le 9h09 pour Nice. Egalement supprimés, les trains de 7h35 et 8h07 au départ de Nice (photos 11 et 12). Par contre, le train 3, pour Digne, un instant suspendu, partira finalement.

Malgré tous mes efforts et de nombreux appels, je n'ai pas pu obtenir officiellement les autres annulations de trains. En soirée, à la gare de Nice on m'annonçait que "tout est normal", comme s'il ne s'était rien passé.

Mais au delà des pannes, qui sont tout sauf "faute à pas de chance", mais excusables pour quelqu'un qui ne connaît pas la ligne et son fonctionnement depuis quelques décades, certains faits et décisions sont difficiles à comprendre, ou à avaler.

PANNES A REPETITION, IMPREVUS PARFAITEMENT PREVISIBLES

Un matériel roulant vieux de trente ans, on en voit aussi sur la grande soeur, la SNCF. Mais des autorails mal conçus (voir encart), fabriqués au rabais, ayant totalisé plus de 3 millions de kilomètres, refaits de l'essieu au toit plusieurs fois, dont la fiabilité est proche de celle des prévisions météo, on a beau chercher partout en Europe, il n'y a qu'aux Chemins de fer de Provence qu'on en trouve. Pour preuve : N'importe quel matériel d'occasion disponible en Europe est plus récent que les autorails CP, et présenterait un progrès pour ses usagers...
L'été, la pénurie de matériel moteur serait à cause des touristes qui provoqueraient une surcharge. Le reste de l'année, elle serait la faute à trop d'actifs qui prennent la ligne de la banlieue de Nice...
En fait, les perturbations et pannes sont dues à une équation toute simple : Matériel trop usé, trop peu nombreux, augmentation de la fréquentation.

Alors les décideurs finissent par chercher... Chercher quoi ?

Du côté du matériel roulant d'occasion, la promesse date de plus d'une dizaine d'années. Puis, fin 2005 (!), un budget est enfin dégagé (préalable indispensable à toute recherche). Depuis, c'est vrai, le SYMA et la CFSF recherchent... des autorails. Vue la situation et vu les blocages actuels, qui ne peuvent que s'empirer avec l'engouement du public pour les transports en commun, il devient urgent de créer une cellule de crise pour rechercher TOUT MATERIEL METRIQUE, et pas seulement des autorails. Des locos, des voitures, aptes à rouler à 85 km/h, afin de constituer un train, plusieurs trains, capables de répondre à une demande sans cesse croissante.

Du côté du matériel roulant neuf, la réponse de la Région ferait sourire, tant qu'on n'a pas à prendre ce train. Forte de se gargariser d'un parc futur de 800 autorails pour les TER de la SNCF, elle consent à nous "offrir" deux autorails doubles. Voire trois, si on est sages. Fin 2008. Ou 2009. Enfin, on ne sait pas trop, la commande n'a toujours pas été faite !
Ce qui veut dire, d'une part, que ces autorails seront déjà dépassés par la demande dans peu d'années. D'autre part, il va falloir continuer d'utiliser les vieilles charrettes pendant des lustres. Les autorails nouveaux ne peuvent pas remplacer les anciens, ils seront seulement en supplément pour faire face, un temps, à la demande croissante.

A moins d'une prise de conscience rapide et d'une électrification aussi rapide de la partie urbaine de la ligne (pour commencer) et la commande de matériel correspondant, la sortie du tunnel n'est pas pour demain.


TUEURS DE TRAINS, MEPRIS DU PUBLIC

Qu'il y ait des pannes, passe encore. Ce matin, la X-301 est en révision, la X-302 et la Soulé (évidemment...) sont en panne, et la X-305 ne fonctionne que sur un moteur. Ca ne laisse pas grand chose en ordre de marche !
Pas suffisant, en tout cas, pour faire fonctionner la ligne "urbaine de Nice" et la grande ligne.
On pourrait penser que la Direction CFSF s'appuierait sur sa directive de renfort en cars sur la grande ligne (voir article) pour assurer le service banlieue, un jeudi de septembre. Bien que de remplacer les trains par des cars sur la grande ligne soit une solution honteuse (sans compter que le car ne passe pas dans toutes les gares), le remplacement des trains indispensables aux actifs par... Rien du tout est pire encore. Or c'est le service grande ligne qui a été préservé. Et voici peut-être pourquoi.

La CFSF est une compagnie privée. De ce fait, elle privilégie le "rentable" et sacrifie le "non rentable" autant que possible. Or sur le service banlieue, la plupart, voire l'écrasante majorité des usagers ont, soit un abonnement mensuel, soit la carte "Dix de Coeur". Cette dernière carte, au tarif avantageux (quoiqu'ayant méchamment augmenté en avril) est subventionnée... Par personne ! C'est la Compagnie privée qui compense. Une aberration économique propre aux CP que le SYMA, gestionnaire public, accepte. Donc on constate que comme aujourd'hui, en cas de pénurie de matériel, la Compagnie supprime des trains banlieue (non rentables) et conserve les trains grande ligne, plus rentables que d'affréter un car.
D'un point de vue économique, ça se tient.
D'un point de vue service public, c'est n'importe quoi !

En avril 2006, la Compagnie a augmenté les tarifs de la carte "10 de coeur" (voir article) alors que depuis début 2005, la ligne 59 qui va de Plan du Var à Nice est aux tarifs "ligne d'azur", soit 0.85 euros pour 1h14 de bus avec l'abonnement. Même si le bus est plus long, il n'est pas étonnant que des passagers de plus en plus nombreux prennent ce moyen de locomotion, par souci d'économies, ou alternent. On ne fait pas grand cas des actifs dans le périmètre de Nice. Voici leur choix :

Exemple pris sur Nice-centre (Jean Médecin) à Plan du Var :
Moyen de transport Durée (A/R) Coût par jour Coût mensuel Temps perdu mensuel
Voiture* 1h30 20.40 € 408.00 € 0
Train** 1h50 5.50 € 110.00 € 6h40
Bus*** 2h30 1.70 € 34.00 € 20h00
Voiture : Coût global (60 km), véhicule 6 cv, selon le barême kilométrique du Code des impôts http://www.bareme-kilometrique.com/  Coût du stationnement non inclus.
Train : Coût global, train + bus, avec abonnement de type "salarié".
Bus : Coût global bus avec abonnement de type salarié. La correspondance est gratuite pendant 1h14.

La voiture, la plus polluante, est la plus rapide.
Le choix du train, le moins polluant, propose des durées de transports acceptables mais coûte plus de trois fois le prix du bus seul !
Le bus seul, le plus économique, utilise les accès encombrés de Nice.

Les politiques locaux, plutôt que de développer le transport le plus rapide et le moins polluant, le laissent à l'abandon et multiplient les lignes de bus avec des voies d'accès en site propre.
Pour désengorger l'accès à Nice, on préfère injecter des centaines de millions d'euros dans de nouveaux accès (voie Mathis 2, lignes de bus en site propre) alors qu'il serait infiniment moins coûteux d'inciter les actifs à utiliser les transports existant, notamment le train, en le développant.
Car Nice a une particularité ferroviaire : Elle a 4 gares SNCF et 10 gares CP. Je ne connais pas d'autre ville française ayant 14 gares sur son territoire, et autant de difficultés à faire préférer les trains !

Au lieu d'avoir une politique de transports cohérente et utilisant les infrastructures existantes, sans doute est-il préférable d'isoler les transports en communs les uns des autres, construire toujours plus de routes (contournement autoroutier, Mathis 2) et doubler un service défaillant (les Chemins de fer de Provence) par deux bus qui se suivent... ?

Jusqu'au jour où il n'y aura plus d'actifs à Nice, et on en prend le chemin. Entre habiter dans Nice (ou proche) et se ruiner dans le logement, choisir de se ruiner avec son véhicule personnel ou perdre un temps infini dans les transports, beaucoup d'actifs commencent à regretter le soleil de la Côte d'Azur !

Il serait temps - mais alors grand temps - que les décideurs réalisent ce qu'ils font.

William Waechter
EN IMAGES


Photo 1

Castagniers, 7h25 : Le premier bus arrive.


Photo 2

Difficile de trouver une place dans ce premier bus tout blanc !


Photo 3

La Manda : Les passagers attendent un train qui n'arrivera jamais.


Photo 4

L'affiche de suppression du train à La Manda, avec les moyens "CP" de haute technologie...


Photo 5

Arrivée des bus à La Manda : Ici, les passagers sont fidèles au train.


Photo 6

Le premier bus est trop plein... Le second est juste derrière...


Photo 7

Second "ligne 59" qui s'est arrêté en pleine voie...


Photo 8

Photo 9

Photo 10

8h00 : Arrivée du train suivant à La Manda


Photo 11

Photo 12

Pose des affichettes des suppressions de trains suivants.
DES AUTORAILS MAL CONCUS

La série des 6 autorails CFD, livrés en 1971/72 (pour les 4 premiers) et fin 77 (pour les deux derniers) a beaucoup souffert dès son acquisition.
Le GECP, dès le numéro 6 de sa revue "Le Train du Sud" (octobre 1978) relate les nombreux incidents anormaux de ces autorails :
" [...] Certes, une rupture d'essieux est imprévisible, et il s'agit d'une avarie fréquente sur tous les réseaux... mais seulement sur le matériel ancien. Or, sur les CP, les trois incidents de ce type dont nous ayons eu connaissance depuis un an ont concerné les les SY-01, 03 et 05 (NDR : Actuelles X-301, X-303 et X-305), cette dernière, le 10 août, alors qu'elle avait à peine plus de quinze mois de roulement. C'est à croire que beaucoup d'éléments de ces autorails sont constitués d'acier "à ferrer les ânes". [...] Ce sont des faiblesses de conception et de construction du matériel qui ont coûté tout ce temps à un personnel déjà fort chargé de travail en période estivale, qui ont valu un fâcheux contretemps à des voyageurs qui sont avant tout des clients, qui ont encore un peu aggravé les résultats financiers du Réseau. Les Chemins de fer de Provence n'ont plus les moyens d'acheter bon marché : que l'on y pense, au moment où l'on étudie une commande de nouveau matériel..."

Dans le numéro 7 du "Train du Sud" (décembre 78 / paru en 1979), c'est cette fois-ci le gel qui démontre les faiblesses du matériel :
"La vague de froid observée pendant les premières semaines de 79 n'a pas épargnée les Alpes du Sud, à tel point qu'à Barrême, le thermomètre est descendu jusqu'à -30° C, donnant aux autorails CFD de nombreuses occasions de bien montrer leurs faiblesses.
Pendant une quinzaine de jours, les détresses se sont en effet multipliées, le gel neutralisant entre autres les dispositifs de freinage [...].
A l'opposé, on notera que la seule avarie affectant un autorail Renault pendant cette période a été due au gel du gazole dans le réservoir, au cours d'une nuit au dépôt d'Annot.
[...] On en vient à se demander comment, après avoir exploité le réseau du Vivarais pendant 80 ans contre vents et tempêtes, la Compagnie de Chemins de fer Départementaux (NDR : CFD) a pu concevoir un tel matériel [...]."

En 1979, un appel de candidatures est lancé pour l'acquisition de deux autorails ou un autorail double (ce sera, finalement, la Soulé...). Le GECP donne son avis sur les autorails CFD (Le Train du Sud N° 10, octobre 79) :
"En premier lieu, nous ne pouvons nous défendre d'un préjugé très défavorable envers le matériel CFD, à moins que ce constructeur ne change complètement d'orientation : Les SY-05 et 06 (NDT: X-305 et X-306) ont déçu tout le monde, malgré les leçons coûteuses fournies par la première série. [...] Nous pensons que la Direction des CP pourrait de son côté, dresser le bilan financier de la maintenance et de la réparation de ces appareils : nous sommes prêts à parier qu'il doit représenter, pour le matériel de 1972, plus du double de son prix d'achat en francs constants...
[...] Il était élémentaire que ce soit le fournisseur qui s'adapte aux besoins de son client, comme il est de règle en économie de marché depuis plus d'un siècle : Pour une voie médiocre, il faut du matériel robuste, et pour des ateliers sous-équipés, il faut une conception simple. En 1935, Renault l'avait bien compris..."

Quand à la rame Soulé-Garnéro, on ne compte plus les pannes et les avaries en tous genres, de ses origines (1984) à nos jours...

Des leçons retenues pour la future commande ?